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Les Tarasques du Michoacan

Le « royaume » tarasque qui, à l’arrivée des Espagnols, occupait une partie très importante de l’Etat actuel de Michoacan, aurait été primitivement beaucoup plus étendu. Malgré plusieurs tentatives, les Aztèques ne parvinrent pas à vaincre cette puissante peuplade.
Les Tarasques (1), ou Purepecha, sont maintenant répartis dans de très petits îlots de l’Etat de Michoacan : une région lacustre et une zone montagneuse. Plusieurs de leurs villages, qui abritent néanmoins une forte population métisse, bordent le lac de Patzcuaro : Tzintzuntzan, Ihuatzio, Santa Fé de la Laguna, Erongaricuaro ; d’autres sont construits sur sur les cinq petites îles au milieu du lac, dont la principale est Janitzio. Treize villages et quelques « ranchos » sont bâtis dans l’étroite vallée de Cañada, longue d’une dizaine de kilomètres. Mais c’est sur les hauts plateaux volcaniques de la Sierra tarasque, couverts de forêts de conifères, que se trouve le plus fort pourcentage d’Indiens parlant la langue ancestrale.
L’origine et la langue des Tarasques posent encore bien des énigmes aux chercheurs. Leur idiome, qui n’appartient à aucun des nombreux groupes linguistiques connus du Mexique, présent quelques similitudes phonétiques avec certaines langues péruviennes. D’ailleurs, la maîtrise des anciens habitants de Michoacan dans le travail du cuivre et des métaux précieux, ainsi que les ressemblances entre certains de leurs objets d’orfèvrerie et de céramique (2) et ceux des cultures précolombiennes du Pérou, évoquent la possibilité de contacts et d’échange avec ces contrées lointaines.
La source essentielle – sinon unique – des informations que nous possédons sur les usages et les coutumes des anciens Tarasques est la Relacion de Michoacan (3) écrite en castillan vers 1539 sous la dictée de notables Indiens. D’après ce document, au moment où les Tarasques arrivèrent dans la région lacustre de Patzcuaro, où ils s’établirent, ils n’étaient encore que des chasseurs nomades comme les tributs nordiques des Chichimèques. Leur ancienne culture présente d’ailleurs des analogies avec ces tribus de langue nahuatl.
Les Tarasques pratiquaient les sacrifices humains et le « cannibalisme » rituel et adoraient de nombreuses divinités stellaires, en particulier l’Etoile du Matin, messagère du Soleil. Le Feu, Curicauéri, fut sans doute le dieu le plus ancien et le plus vénéré des Tarasques. Ses prêtres devaient chaque jour couper du bois pour allumer le feu sacré, privilège qui était considéré comme un honneur, même par le roi.
Le Feu et le Soleil étaient les divinités les plus importantes avec la vieille déesse de la fertilité, Cuerapauéri, « Mère de tous les dieux de la terre ». Cuertapauéri s’incarnait parfois dans le corps d’hommes ou de femmes qui étaient ensuite immolés car « on disait que la déesse les avait elle-même choisis pour être sacrifiés. Quant au culte de la déesse lunaire, Xaratanga, (4) qui faisait germer les plantes, il semble aussi dater d’une époque très reculée ; son trésor était conservé en un lieu qui lui avait été dédié, sur une des îles du lac de Patzcuaro. On lui offrait des cailles et des canards et les premiers fruits de la terre ; la Vierge qui conserve quelque uns des attributs de cette ancienne déesse reçoit de nos jours encore une partie de ces offrandes.
Après la fin tragique de Tenochtitlan, les Tarasques offrirent spontanément leur soumission à Hernan Cortès qui envoya des émissaires pour prendre possession de leur « royaume », au nom de la couronne espagnole.
L’auteur de la Relacion nous rapporte la curieuse manière dont ces Indiens jugèrent tout d’abord les Européens. Ils appelaient les Conquistadores « tuchupacha »c’est-à-dire dieux, et « teparacha », grands hommes et pensaient qu’ils étaient immortels. Plus tard, « ils les appelèrent chrétiens et disaient qu’ils étaient venus du ciel, lesq habits qu’ils portaient, ils disaient que c’étaient des peaux d’hommes, comme celles dont [leurs prêtres] se revêtaient durant les fêtes » ; ils appelaient leurs chevaux « des cerfs » et croyaient que « les crinières étaient des postiches ; … que les chevaux parlaient et que, lorsque les Espagnols les chevauchaient, les chevaux leur disaient de quel côté ils devaient aller ».
Malgré leur soumission pacifique et l’accueil favorable qu’ils avaient réservé aux Espagnols et aux missionnaires, les Tarasques subirent néanmoins une courte période de vexations et de cruautés quand, en 1529, Nunan Beltran de Guzman (5) traversa leur pays lors de son expédition militaire pour la conquête du Nord-Ouest du Mexique. Le dernier roi ou « caltzontzin » de Michoacan, Sintzicha Tangaxuan II, fut assassiné par l’impitoyable conquérant assoiffé d’or et de richesses. L’accusation de trahison que les Espagnols portèrent contre lui ne fut vraisemblablement qu’un subterfuge pour masquer leur vrai but : s’emparer du « trésor » qu’il avait, selon eux, intentionnellement caché. Après l’avoir soumis aux tortures les plus ignominieuses, Guzman ordonna « qu’on le fit trainer vivant attaché à le queue d’un cheval » puis il fut étranglé et son corps brûlé. Quelques fidèles vassaux recueillirent ce qui restait de ses cendres et en enterrèrent une partie à Patzcuaro. Ainsi périt le dernier souverain des Tarasques ; la nouvelle de sa mort emplit son peuple de tristesse et de crainte.

Mais la providence envoya aux habitants de Michoacan l’une des figures les plus pures et les plus intègres des apôtres du Nouveau Monde, Vasco de Quiroga (6)

D’après Le Mexique des Indiens, Marino Benzi, éditions du Chêne.

(1) //fr.wikipedia.org/wiki/Tarasques   
(2) //motscles.lemondeprecolombien.com/index_42.htm 
(3) //mansioniturbe.blogspot.fr/2011/08/la-relacion-de-michoacan-una-obra-que.html 
(4) les rites tarasques anciens, pour les hispanophones  //etzakutarakua.colmich.edu.mx/proyectos/relaciondemichoacan/indices/indiceDioses2.asp?letra=x&pagina=1  
(5) //fr.wikipedia.org/wiki/Nu%C3%B1o_Beltr%C3%A1n_de_Guzm%C3%A1n
(6) //www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0003-9659_1967_num_23_1_2628_t1_0235_0000_2




29/03/2012
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